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PORTRAIT D’UN AGRICULTEUR RAISONNÉ

Co-gérant d’une exploitation de pommes de terre avec ses deux fils, l’ancien commercial expose les bienfaits des circuits courts.

« Moi qui était chez 3M, qui roulait en Mercedes, je suis tombé de haut», raconte Louis-Paul Lhotellerie dans la cuisine de son fils. De nature chaleureuse, l’agriculteur décrit son parcours : fils d’agriculteurs, il débute sa carrière en tant que commercial dans la société multinationale « 3M ». Il décide de tout quitter 25 ans plus tard pour retourner à sa passion de toujours : l’agriculture.

Aujourd’hui, co-gérant d’une société typiquement agricole, il s’occupe d’une exploitation de pommes de terre à Bermerain dans le Nord-Pas-de-Calais. Louis-Paul sait très bien analyser le marché agricole et donner sur un ton affirmé le principal problème : « les valeurs ajoutées ». Du producteur au consommateur, on compte deux intermédiaires principaux : l’industriel et le distributeur. L’ajout d’intermédiaires entre le producteur et le consommateur apporte des frais en plus pour l’un et pour l’autre.

D’où l’intérêt pour Louis-Paul Lhotellerie de supprimer cette menace en distribuant directement son offre. L’ancien commercial a d’ailleurs une stratégie économique bien précise qu’il donne avec fierté : « Ma production est découpée en trois parts : une pour les industries, une autre pour la distribution directe et une troisième qui reste libre et qui dépend du marché agricole. »

Son idéal : « ne dépendre que de la distribution directe, qui est un réel moteur économique. » Or, pour l’instant c’est impossible. Cet agriculteur raisonné doit continuer de dépendre des industries. « Je suis obligé malgré tout de me développer ».

Pour implanter leur marque et leur reconnaissance localement, l’exploitation a passé un contrat avec O’Tera. Le but de ce magasin : proposer aux consommateurs des produits locaux et de qualité : « O’Tera fait bouger les lignes plus qu’un syndicat. Il a une éthique et quelque part c’est militant ». L’enseigne met en lien direct les producteurs avec les consommateurs ce qui apporte une juste rémunération  pour les agriculteurs.

« Si je n’avais pas passé de partenariat avec O’Tera, j’aurais dû licencier ». La valeur finale des pommes de terre est donc augmentée, ce qui leur permet de s’enrichir et de trouver de plus en plus de partenaires locaux. « On veut développer et conserver notre patrimoine dans les bonnes qualités, mais pour ça, je veux valoriser mes produits. Si on le fait pas, c’est comme si Peugeot vendait ses voitures au prix des Dacia ».

Agriculteur raisonné, Louis-Paul se rend bien compte que la vente directe va au delà d’un aspect économique « ça donne de la vie, y’a du lien qui se crée, y’a des gens qui viennent le samedi au marché pour discuter. C’est pour ça que c’est vertueux, ça remet de la richesse là où il y a du travail ». Tous les samedi il continue de vendre ses pommes de terre au marché : « moi mon deuxième contrat c’est mes clients »

La vente directe redonne espoir à cet agriculteur pour qui l’esprit de départ est d’être développeur économique : de travailler en famille, de façon traditionnelle, tout en respectant l’environnement. 

PAYSAN agriculture

TOUT QUITTER POUR DEVENIR PAYSAN : UNE DÉMARCHE MILITANTE

La crise du coronavirus permet de se rendre compte de la fragilité de notre modèle économique, ne serait-il pas temps de repenser nos modes de vie ? Certains ont sauté le pas : ils ont tout quitté pour devenir paysan.

Beaucoup se sentent inutiles pendant cette crise et pensent à une reconversion professionnelle. Certains envisagent un retour à la terre pour se reconnecter à la nature. Devenir paysan pour développer une certaine auto-suffisance face au système industriel. C’est un choix de vie porteur de sens, il permet de revaloriser les métiers manuels et le lien avec le vivant.

Tout quitter pour s’installer à la campagne ? C’est le choix de plusieurs milliers de français chaque année. Les néo-paysans représentent aujourd’hui 30% des installations agricoles, soit deux fois plus qu’il y a dix ans. Ils sont ingénieurs, informaticiens, secrétaires, pharmaciens et viennent s’engager durablement à la campagne. On ne naît plus paysan, on le devient. Les enfants d’agriculteurs n’étant plus assez nombreux à vouloir prendre la relève, les néo-paysans sont devenus indispensables à la profession.

Ces citadins ne connaissent presque rien à l’agriculture et les débuts sont souvent difficiles. Ils doivent tout apprendre car ils ne bénéficient d’aucun héritage. La soif de connaissance et l’enthousiasme d’une existence plus simple, en accord avec leurs convictions leur permet d’affronter les difficultés. Pour exercer un métier qui a du sens, il faut être prêt à perdre en sécurité et parfois en revenu. Les néo-paysans ont déserté le marché du travail, lâché leur appartement pour se réapproprier les gestes essentiels : se nourrir, renouer avec les saisons, travailler le vivant. Ils persistent et sont guidés par le bonheur de la découverte d’un nouveau monde.

Le besoin de construire un modèle différent se fait de plus en plus fort dans nos sociétés. C’est ce que recherchent ces nouveaux paysans qui testent et inventent d’autres modes de production agricoles. Ils privilégient la permaculture, mettent en place des installations collectives, inventent de nouveaux outils et valorisent la vente direct. Notre système agricole basé sur le productivisme et l’agrocapitalisme n’est plus viable, il faut aujourd’hui se diriger vers une agriculture plus respectueuse de l’environnement. 

Les néo-paysans sont porteurs d’une transition agroécologique et d’un mouvement qui transcende les catégories sociales. Être paysan est une vocation pleine de sens et d’impacts : nourrir la société autrement permet d’inventer le monde de demain. 

Les modes de vie alternatifs sont souvent marginalisés par notre société, alors que c’est ce qui permet une transition écologique.  La crise du coronavirus met en avant les impacts désastreux du système industriel. Il est urgent de changer pour construire un modèle différent : plus respectueux de notre planète.